Le gouvernement tchadien a annoncé, jeudi 28 novembre, la fin de l’accord de coopération en matière de défense avec la France, marquant un changement majeur dans les relations bilatérales entre les deux pays. Cette décision intervient quelques heures après la visite de Jean-Noël Barrot, ministre français délégué chargé des Outre-mer.
Abderaman Koulamallah, ministre tchadien des Affaires étrangères, a fait cette déclaration via la page Facebook officielle de son ministère :
« Le gouvernement de la République du Tchad informe l’opinion nationale et internationale de sa décision de mettre fin à l’accord de coopération en matière de défense signé avec la République française. »
Cette annonce marque la fin du dernier partenariat militaire français au Sahel, après les retraits de troupes au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Toutefois, Koulamallah a insisté sur le fait que cette décision ne signifiait pas une rupture diplomatique :
« Ce n’est pas une rupture avec la France comme au Niger ou ailleurs. La France reste un partenaire important, mais le Tchad est un État souverain, jaloux de son indépendance. »
Un contexte de souveraineté renforcée
Cette décision intervient dans un contexte où le Tchad cherche à redéfinir ses partenariats stratégiques. En mai dernier, Mahamat Idriss Déby Itno, fils du défunt président Idriss Déby, a été élu à la fin d’une transition militaire amorcée après la mort de son père en 2021. Cette transition visait à stabiliser le pays face aux menaces rebelles, qui avaient déjà nécessité l’intervention de l’armée française en 2008 et 2019.
« Après 66 ans d’indépendance, il est temps pour le Tchad d’affirmer pleinement sa souveraineté et de réévaluer ses alliances stratégiques selon ses priorités nationales, » a déclaré Koulamallah, qualifiant cette décision de « tournant historique ».
Des relations bilatérales toujours en cours
Bien que la fin de l’accord de défense ait été annoncée, aucune date précise de retrait des troupes françaises n’a été communiquée. Le Tchad a confirmé qu’il respectera les modalités prévues pour cette résiliation, y compris le délai de préavis.
En parallèle, la visite de Jean-Noël Barrot visait à évaluer la crise humanitaire liée au conflit au Soudan. Accompagné de son homologue tchadien, il a visité des camps de réfugiés à Adré et annoncé une aide de 7 millions d’euros pour soutenir les organisations humanitaires.
Barrot a également exhorté les puissances étrangères à cesser de soutenir les belligérants soudanais en leur fournissant des armes. Bien qu’il n’ait nommé explicitement que la Russie, des accusations persistent contre les Émirats arabes unis pour leur soutien aux Forces de soutien rapide (FSR), et contre le Tchad pour avoir laissé transiter des armes sur son territoire.
Un repositionnement militaire pour la France
Cette annonce intervient alors que Jean-Marie Bockel, envoyé spécial d’Emmanuel Macron en Afrique, a remis un rapport sur la reconfiguration des dispositifs militaires français sur le continent. Ce rapport prône un partenariat « renouvelé » et « coconstruit », soulignant l’importance d’une coopération équilibrée et respectueuse des souverainetés locales.
La fin de cet accord illustre la volonté du Tchad de prendre un nouveau cap tout en maintenant des relations diplomatiques ouvertes avec la France, marquant un nouveau chapitre dans l’histoire des relations franco-tchadiennes.