Le Tchad, une cible à abattre à tout prix par la France ? Le Tchad en danger

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Le gouvernement tchadien a récemment annoncé la résiliation des accords de défense qui le liaient à la France, une décision historique qui reflète une volonté croissante d’émancipation des pays africains vis-à-vis des héritages de la colonisation. Ces accords, en vigueur depuis l’indépendance en 1960, constituaient le cadre légal de la coopération militaire entre les deux nations, et leur rupture marque un point de bascule dans les relations bilatérales entre N’Djamena et Paris.

Un héritage colonial contesté

Les accords de défense signés entre la France et ses anciennes colonies africaines après les indépendances étaient censés garantir la stabilité et la sécurité dans ces États souvent jeunes et fragiles. En échange, la France maintenait une présence militaire stratégique, protégeant ses intérêts économiques et géopolitiques dans la région. Pour le Tchad, ces accords ont permis la stationnement des troupes françaises, notamment via l’opération Barkhane, dans le cadre de la lutte contre les groupes djihadistes qui sévissent dans la région du Sahel.

Cependant, ces accords sont de plus en plus perçus comme des symboles de dépendance et de néocolonialisme par une partie des populations et des dirigeants africains. Le discours dominant évolue vers une affirmation de souveraineté et une volonté de rééquilibrer les relations avec les anciennes puissances coloniales. Au Tchad, comme dans d’autres pays africains, cette remise en question est alimentée par des mouvements sociaux et politiques exigeant davantage d’autonomie dans les décisions stratégiques.

Un contexte de tensions croissantes

La rupture des accords de défense s’inscrit dans un contexte de tensions diplomatiques grandissantes entre la France et plusieurs pays africains, notamment au Sahel. Après le retrait militaire français du Mali en 2022, sous la pression des autorités de transition, et la détérioration des relations avec le Burkina Faso, la décision tchadienne semble prolonger une tendance de rejet de l’influence française dans la région.

Pour N’Djamena, cette décision pourrait également refléter une volonté de se repositionner sur la scène régionale et internationale. Depuis la mort du président Idriss Déby Itno en 2021, le pays traverse une transition politique sous la direction de son fils, Mahamat Idriss Déby Itno. Cette période délicate est marquée par des pressions internes, des revendications démocratiques et un besoin accru de stabilité. En coupant les liens militaires privilégiés avec la France, le Tchad cherche peut-être à redéfinir son autonomie stratégique tout en explorant de nouveaux partenariats.

Quelles implications pour le Tchad ?

La rupture des accords de défense avec la France soulève des interrogations sur la sécurité et la stabilité du Tchad, situé au cœur du Sahel, une région en proie à des conflits armés et à des menaces terroristes persistantes. Depuis des décennies, les forces françaises ont joué un rôle clé dans la formation des troupes tchadiennes, le partage de renseignements et les opérations contre les groupes djihadistes. En l’absence de ce partenariat, le Tchad devra renforcer ses capacités militaires nationales ou chercher un soutien auprès de nouveaux alliés.

Cette décision pourrait également ouvrir la porte à une diversification des partenariats internationaux. Des pays comme la Russie, la Chine ou encore la Turquie cherchent à renforcer leur présence en Afrique et pourraient représenter des alternatives pour le Tchad. La Russie, par exemple, a déjà montré son intérêt pour combler le vide laissé par la France dans plusieurs pays du Sahel, notamment à travers l’envoi de mercenaires du groupe Wagner.

Un signal pour la France et l’Afrique francophone

Pour la France, cette décision du Tchad est un signal supplémentaire de la perte d’influence dans une région qui était historiquement au cœur de sa politique africaine. Les autorités françaises devront repenser leur approche diplomatique et militaire en Afrique, en tenant compte des aspirations de plus en plus affirmées des États africains à contrôler leurs propres affaires.

Au-delà du Tchad, cette rupture pourrait inspirer d’autres pays africains à revoir leurs propres accords bilatéraux avec la France. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large où plusieurs nations du continent cherchent à s’émanciper de l’héritage colonial et à redéfinir leurs partenariats sur des bases plus égalitaires.

La décision du Tchad de rompre ses accords de défense avec la France marque une étape importante dans les relations franco-africaines. Elle illustre une volonté croissante des pays africains de reprendre le contrôle de leur politique de défense et de leur souveraineté, tout en explorant de nouvelles alliances sur la scène internationale. Pour la France, ce retrait représente un défi majeur, exigeant une adaptation rapide à une Afrique en pleine transformation, où les relations bilatérales doivent évoluer pour refléter les nouvelles réalités politiques et économiques du continent.

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